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"Les images variées du judaïsme dans l'islam" 
Meïr Bar Asher, professeur d'études islamiques

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Meïr Bar Asher est professeur d'études islamiques à l'Université hébraïque de Jérusalem, où il a aussi dirigé plusieurs années le département de Langues et Littérature arabes. Islamologue spécialiste des littératures arabes, avec un intérêt particulier pour le chiisme et les courants minoritaires de l'islam, et philosophe, il est fréquemment invité à l'École pratique des hautes études de Paris et dans d'autres instituts académiques européens, et a reçu un doctorat honoris causa de l'UNIL lors du Dies academicus 2022.

Son dernier ouvrage “Les Juifs dans le Coran“ a gagné le Prix d’Excellence Professionnelle et Scientifique de l’Association of American Publishers pour l’année 2022

Suivent les grandes lignes de la conférence.
 

1. Un parcours entre islam et judaïsme    

Meïr Bar Asher explique comment son enfance entre l’héritage marocain familial et son éducation à Jérusalem, près de la frontière jordanienne, l’a familiarisé avec le monde musulman et l’a conduit à étudier l’islam. Formé à l’Université hébraïque et à la Sorbonne, il s’est spécialisé dans les différentes branches du chiisme, notamment en Iran, en Inde et en Syrie. Bien qu’intéressé par les relations judéo-islamiques, il a longtemps évité d’en faire un objet de recherche. Encouragé par une collègue à traiter ce sujet, il a finalement publié des travaux qui ont suscité un intérêt beaucoup plus large que ses recherches antérieures, principalement académiques.

2. Le Coran et les traditions antérieure

Le Coran et les hadiths contiennent de nombreuses références aux traditions, figures et textes juifs et chrétiens. Le Coran renvoie fréquemment aux écrits des « gens du Livre » et invite ceux qui doutent du message coranique à consulter les juifs et les chrétiens afin de vérifier certaines révélations.

3. Comment le Coran nomme les Juifs

Introduction terminologique essentielle : le Coran distingue « banû Isrâ'il » (Israélites bibliques, terme souvent positif, lié à l'élection divine) du terme « yahûd/Yehudi » (Juifs tardifs, toujours péjoratif, associé aux accusations de falsification). S'ajoutent « ahl al-kitâb » (gens du Livre) et « ahl al-dhimma », notion absente du Coran mais théologiquement présente.

4.  L’héritage des religions antérieures - Phase 1

La première phase des relations entre l’islam naissant et les traditions antérieures est marquée par une dépendance à l’égard du judaïsme et du christianisme, l'Islam se considèrant inférieur à l'héritage judéo-chrétien, invitant à consulter juifs et chrétiens pour valider la révélation. Cette période se caractérise par le recours aux héritages antérieurs avant l’affirmation progressive d’une identité religieuse propre.

5. Une révélation d’origine commune - Phase 2

La deuxième phase substitue à l'idée d'infériorité une idée d'égalité : islam, judaïsme et christianisme partageraient une source commune, l'« umm al-Kitâb » (la mère du Livre), archétype céleste inspirant tous les textes sacrés. Cette conception rend dès lors inutile le recours aux juifs, puisque toutes les révélations procèdent d'une même origine divine..

6. L’islam comme révélation accomplie - Phase 3
La troisième phase introduit l'idée de supériorité : musulmans, juifs et chrétiens partagent une même source, mais seuls les musulmans détiendraient la vérité intacte, les autres ayant falsifié leurs écritures (notion de « tahrîf »).

7. Abraham et le monothéisme primordial - Phase 4

La quatrième phase affirme que l'islam, en tant qu'idée monothéiste, précède juifs et chrétiens, en s'appuyant sur le personnage d'Abraham, déclaré « ni juif ni chrétien » mais « muslim hanif », fondateur du monothéisme pur. Mohamed aurait ainsi fait revivre ce monothéisme originel oublié. Le terme « muslim » désigne donc à la fois l'islam du VIIᵉ siècle et l'idée abrahamique du monothéisme.

8. Conclusion : les différentes images du judaïsme

Tous les personnages bibliques sont qualifiés de « muslim » au sens générique, ce qui légitime idéologiquement, selon le Coran, l'attachement musulman à Abraham. Et Meir Bar Asher résume les quatre phases et évoque l'image polémique du judaïsme comme un « âne qui porte des livres », sans en comprendre la sagesse.

Bibliographie 

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